Histoire de la voyance

Le tarot de Philippe Vachier à la BnF : ce que raconte un jeu de 1639

La BnF revient sur l’entrée d’un tarot marseillais du XVIIe siècle dans ses collections. Une occasion de distinguer histoire des cartes et usages divinatoires.

ACTUALITÉ PATRIMONIALE

Dans son numéro de septembre-décembre 2026 de Chroniques, la Bibliothèque nationale de France présente un jeu de tarot réalisé à Marseille par Philippe Vachier en 1639. L’établissement indique qu’il a rejoint ses collections en décembre 2025. Cette présentation permet de découvrir un témoin ancien de la fabrication des cartes à Marseille.

Ce dossier complète notre article sur le passage des cartes à jouer au tarot divinatoire. Une découverte matérielle aide à préciser la circulation des images, sans donner automatiquement raison aux interprétations spirituelles qui leur seront associées plus tard.

Ce que documente la BnF

Selon la présentation de Jude Talbot, le jeu comprend ses 78 cartes. La date figure sur le deux de deniers ; la marque du cartier apparaît sur le deux de coupes. Les cartes sont gravées sur bois et coloriées au pochoir. La BnF le présente comme le plus ancien tarot de ce type connu à avoir été produit à Marseille.

Ces indications sont précieuses parce qu’elles rattachent le jeu à un objet conservé et étudié. Une date portée par une carte, un nom d’atelier et une technique de fabrication sont des points de départ que les historiens peuvent confronter à d’autres documents. Ils n’ont pas la même fonction qu’une légende expliquant l’origine supposée d’un symbole.

Pourquoi un exemplaire ancien peut changer une chronologie

L’histoire d’un jeu dépend en partie de ce qui a été conservé. Une carte abîmée, un ensemble incomplet ou un objet resté longtemps dans une collection privée peuvent laisser des zones d’ombre. Lorsqu’un exemplaire devient accessible à l’étude, il permet de comparer des dessins, des inscriptions et des procédés de fabrication.

Cela invite à distinguer deux affirmations : « le plus ancien exemplaire connu » et « le tout premier jeu fabriqué ». La première décrit l’état des connaissances ; la seconde demanderait des éléments supplémentaires. Cette nuance évite de transformer une découverte importante en récit définitif sur une origine unique.

Le nom d’un tarot ne résume pas tous ses usages

Regarder une carte comme document historique, comme pièce de jeu ou comme support symbolique conduit à lui poser des questions différentes. L’historien cherche une provenance et des comparaisons. Le joueur s’intéresse aux règles. Le praticien de la cartomancie donne une place aux images dans une interprétation. Ces lectures peuvent concerner un même objet sans se confondre.

Le catalogue de la BnF documente également un ouvrage d’Etteilla publié en 1770 et des jeux destinés à la cartomancie. Ces autres notices permettent de poursuivre l’exploration des usages, plutôt que de supposer que tous les tarots anciens avaient exactement la fonction qu’on leur donne aujourd’hui.

Comment lire une notice patrimoniale

Pour découvrir un jeu ancien, commencez par son titre, sa date, son lieu de production et sa description matérielle. Regardez ensuite la provenance indiquée et les références bibliographiques. Une notice courte peut apporter un repère solide sans raconter toute l’histoire de l’objet. Les dates approximatives et les attributions prudentes font partie de ce travail documentaire.

Pour notre média, l’intérêt de cette actualité est aussi méthodologique : remonter au document, nommer son détenteur et séparer ce qu’il établit de ce qu’on lui fait dire. C’est une manière d’aborder le tarot avec curiosité, en laissant aux pratiques contemporaines leur place et aux archives leur précision.

Sources et méthode

Article publié le 25 septembre 2026 à partir de la présentation et des notices de la BnF.